18964540Peau d'Ane de Perrault ou Peau-de-Mille-Bêtes des frères Grimm ?

Je me lance dans la lecture de ces deux courts contes avec en tête de vous parler de l'adaptation réalisée en 1970 par Jacques Demy, "Peau d'âne". 

Dans ces deux contes, nous avons un roi qui souffre de la promesse faite à sa femme avant qu'elle ne meure : "tu devras épouser une femme aussi belle que moi et aux mêmes cheveux" ... Autant vous dire que c'est compliqué puisque la reine était FORT belle et que malgré tous les coursiers et messagers envoyés par le roi, tous reviennent bredouilles. Puis un jour, miracle, le roi pose les yeux sur ... sa propre fille, qui ressemble énormément à sa mère (à peu près comme deux gouttes d'eau en fait), du coup, le roi se décide à épousailler sa fille. Celle-ci ne l'entend pas de cette manière et essaye de lui faire entendre raison en lui demandant des choses impossibles. A partir de là, les deux contes divergent. Celui de Perrault propose une aide, une béquille à la princesse, en la personne de sa Marraine, qui s'avère être une fée (qui a dit qu'il n'y aurait pas de magie ?) ; tandis que du côté de nos frères Grimm, la jeune fille n'a besoin de personne pour trouver l'idée toute seule (futée ?!). 
Mais bien entendu, le roi répond à ses demandes sans plus tarder, si bien que la jeune fille est bien embêtée ! Alors elle demande l'impossible : la peau de l'âne qui fournit tant d'or à son père (Perrault) et un manteau constitué de mille bêtes (Grimm) [et là vous vous dites, je l'aurais parié c'est dans le titre !]. Encore une fois, le roi répond aux exigences de sa fille, mais celle-ci (n'ayant plus d'idées) s'enfuit.

Et puisqu'il s'agit d'un conte et que la plupart finissent bien pour la gentille, "Peau d'âne" obtient ce nom car elle devient souillon et se borne à porter la peau de l'âne. Mais malgré tout, elle rencontre un beau prince et ... (je vous laisse terminer).

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Ces deux histoires sont sensiblement de la même souche au départ, mais nous offrent deux versions différentes qui se valent cependant. Le bémol que je mettrais à la version de Perrault : la forme du récit, trop "fable avec morale à la clef" à mon goût ... Pour le récit des frères Grimm, le ton est plus agréable, et l'histoire se lit plus facilement.

 

 

Qu'en est-il du film ?

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Jacques Demy s'est attaché à l'adaptation du conte de Perrault, celle avec la Peau d'Âne et une marraine féérique. 

Sa version, (quasiment devenue une comédie musicale tant les chansons font partie intégrante de l'histoire et font avancer l'intrigue, datant des années 70) n'a pas trop mal vieilli. Les rôles principaux sont attribués à des figures emblématiques dont les noms nous sont encore bien connus : Jean Marais dans le rôle du roi, Catherine Deneuve joue la princesse et donc Peau d'Âne ou encore Jacques Perrin (Océans).

La version qui nous est ici proposée est très fidèle au conte de Perrault, quasiment à la virgule près, si ce n'est la fin qui diffère légèrement. 

Les costumes sont vraiment magnifiques et on comprend que le réalisateur ait mis un point d'honneur à l'esthétique générale de ce film, ne serait-ce que par la couleur utilisée pour désigner les différents rois et donc royaumes : les sujets du roi bleu sont ... bleus et il en va de même pour les sujets du roi rouge ...

L'adaptation du conte de Perrault contrairement à celui des Grimm est sans doute plus judicieuse pour cette question de l'esthétique, car beaucoup plus féérique. 

La fameuse scène de la préparation du gâteau dans lequel Peau d'Âne glisse un anneau surmonté d'un rubis n'a pas été créée pour le film, mais est bien présente dans l'oeuvre originale (pour vous faire moins rêver, les frères Grimm font faire trois plats à notre héroïne : c'est dans de la soupe qu'elle laisse un anneau, dans une deuxième soupe elle dépose un rouet d'or et enfin dans une troisième soupe elle laisse un dévidoir d'or - autrement dit le prince est souffrant et on ne lui sert que de la soupe, Peau d'Âne ne cherchant qu'à le faire s'étouffer avec un de ces objets ...).

Pour toutes celles (et ceux) qui seraient tentés de recréer cette recette, a priori le résultat est plutôt désagréable et la fameuse bague que vous pourriez "laisser tomber" dans le plat ne supportera sans doute pas le four ... A bon entendeur !

Tout de même pour le plaisir et pour les plus kamikazes du fourneau, la chanson et ses paroles :

En tout cas je sais pas vous, mais faire un gateau habillée comme ça, ça fait rêver !

Préparez votre pâte, dans une jatte plate

Et sans plus de discours, allumez votre four

Prenez de la farine, versez dans la terrine

Quatre mains bien pesées, autour d’un puits creusé

Choisissez quatre oeufs frais, car à plus de vingt jours

Un poussin sort toujours, un bol de lait entier

Bien crémeux s’il-vous-plaît, de sucre parsemez

Et vous amalgamez, une main de beurre fin

Un souffle de levain, une larme de miel

Et un soupçon de sel.

Il est temps à présent, tandis que vous brassez

De glisser un présent, pour votre fiancé.

Un souhait d’amour s’impose, tandis que la pâte repose

Lissez le plat de beurre, et laissez cuire une heure.

 

Pauline, de l'équipe Plumicule